Peut-on apprendre une langue en 3 mois ?

3 mois serait la période magique pour apprendre une langue étrangère, si l’on écoute certains vendeurs de méthodes de langues. Pourtant, je trouve que cette affirmation dessert terriblement les débutants qui se lancent dans l’aventure.

En ayant des attentes trop hautes par rapport aux résultats obtenus, on risque de finir complètement démotivé et par penser que les langues étrangères, c’est pas pour nous. J’en ai moi-même fait les frais en apprenant l’Allemand, après avoir constaté que mon niveau après 3 mois ne me permettait même pas d’entamer une conversation avec un allemand.

Le problème est que chacun a une définition différente de ce que veut dire « parler une langue ». Pour certains, il s’agit d’être presque aussi confortable qu’un locuteur natif. Alors que pour d’autres, de pouvoir parler de sujets connus, ou encore de lire un livre dans la langue cible.

À quoi peut-on s’attendre au bout de 3 mois ?

Si notre objectif est de pouvoir converser de manière relativement fluide sur des sujets connus, alors je pense qu’il est possible de parler une langue en 3 mois. Internet regorge d’exemples ayant atteint un tel niveau, tel que Benny Lewis du blog Fluent in 3 Months.

En revanche, pour les perfectionnistes, au bout de 3 mois notre grammaire sera profondément imparfaite et on fera de nombreuses erreurs. Mais parler au bout de 3 mois ne veut pas dire que l’on arrête de travailler après l’échéance ! Apprendre une langue est une tâche infinie, même dans sa langue maternelle.

Là où le bât blesse, c’est dans la compréhension orale. Malheureusement, comprendre la plupart des locuteurs natifs à leur rythme naturel demande énormément de pratique. Pour ma part, je trouve qu’il s’agit de la faculté la plus difficile à développer. Cela veut dire qu’on pourra discuter avec des natifs seulement s’ils sont suffisamment patients pour parler lentement. Et ce n’est pas si facile à trouver !

Comment parler une langue en 3 mois ?

Pour parvenir à ce résultat, il est alors primordial de planifier des objectifs clairs et délimités, par exemple en utilisant la méthode SMART. Voici quelques objectifs possible :

  • être capable de se présenter,
  • tenir une conversation de 10 minutes sur la culture du topinambour,
  • comprendre parfaitement un court épisode de podcast.

L’important étant d’être sélectif, et d’ignorer le vocabulaire qui ne sera pas utile dans un premier temps.

Si votre objectif est de vous débrouiller en conversation, alors il va falloir passer très rapidement aux conversations avec un locuteur natif. Vous n’en n’avez pas sous la main ? Que nenni ! Des dizaines de tuteurs vous attendent, prêts à discuter en visio-conférence à un prix abordable. Faites donc un tour sur l’excellent site iTalki.

J’ai attendu plus de 6 mois avant de parler, ne m’estimant pas assez bon. Ne faites pas la même erreur que moi, vous ne serez jamais assez prêt ! On a beau posséder un vocabulaire étendu, parler demande… de parler. Et beaucoup de pratique est nécessaire avant de s’exprimer avec fluidité.

Pour finir, il est primordial de dédier une bonne partie de sa journée à l’apprentissage de la langue. Si vous n’avez qu’une heure à consacrer aux langues par jour, alors les progrès seront lents et vous aurez besoin de bien plus que 3 mois.

Voici un aspect intéressant que j’ai remarqué dans mon apprentissage. En concentrant beaucoup plus d’effort et de temps sur une courte période, on fait beaucoup plus de progrès que si ce temps était réparti sur une période plus longue. En effet, baigner dans la langue est le meilleur moyen d’activer nos nouvelles connaissances et de faire des liens entre elles, ce qui facilite la rétention ainsi que l’usage.

Conclusion

Si c’est la première fois que vous apprenez une langue en autodidacte, revoyez alors vos objectifs à la baisse car vous devez d’abord apprendre à apprendre une langue. En effet, mettre en place de nouvelles habitudes et maîtriser les techniques d’apprentissage prend du temps.

Peut-on être à l’aise dans des conversations simples en 3 mois ? Certainement ! Mais cela demande de consacrer beaucoup de temps et de ciseler ses objectifs pour ne pas se perdre en chemin.

L’âge idéal pour apprendre une langue

Pourquoi les enfants sont-ils nuls en langues ?

Tordons le cou à une idée reçue, les enfants ne sont pas des aspirateurs à langue sur pattes. Imaginez-vous passer 6 ans en immersion totale avant de parler comme un type ivre. Puis le double pour atteindre un niveau correct mais avec un vocabulaire limité.

En combien de temps pensez-vous maîtriser une langue si vous étiez plongé dans un monde où vous entendez la langue en permanence ? Un monde où vous êtes entourés d’êtres étranges faisant 4 fois votre taille, qui vous parlent trèèès lentement et sautillent de joie à chaque nouveau mot appris. Alors, combien de temps vous faut-il pour parler couramment ?

Les enfants ne sont pas des éponges

Les enfants absorbent mieux la glace que les langues
Les enfants absorbent mieux la glace que les langues

Leur petit cerveau n’absorbe pas comme une éponge la première langue qu’on lui déverse. Mais à leur décharge, ils apprennent une langue à partir de rien. En effet, ils doivent d’abord comprendre tout un tas de concepts qui nous paraissent évidents, tels que les émotions, une carotte, le continuum espace-temps.

Prenons des enfants un peu plus âgés, qui ont une langue maternelle sur laquelle s’appuyer. Disons 12 ans, lorsqu’on apprend une seconde langue vivante à l’école. Est-ce que vous avez trouvé ça particulièrement facile ? Combien ont un mauvais niveau dans leur seconde langue, et aucun souvenir de leur troisième langue ?

De plus, les enfants n’ont pas une motivation forte pour apprendre plusieurs langues. Leur seul objectif est de se faire comprendre auprès de leur entourage. Cris et pleurs sont limités quand on souhaite faire part de notre anxiété sur des problèmes existentiels tels que « rend-moi mon nez ! ». Les parents souhaitant éduquer un enfant bilingue vous le diront, il est très difficile de les motiver à développer une seconde langue si tous leurs interlocuteurs savent parler la même langue. Un enfant n’a que faire de la culture ou des opportunités professionnelles que lui offre une seconde langue.

Les avantages de commencer à un jeune âge

Mais alors, pourquoi pense-t-on que les enfants sont si doués en langue ? Cette idée reçue ne sort pas de nul part. À priori, c’est seulement en apprenant une langue à un jeune âge que l’on devient « natif ». Les enfants ont plusieurs techniques redoutables pour ça.

Apprendre via l’écoute

Photo by Sai De SilvaTout d’abord, les enfants apprennent leur langue maternelle via l’oral, avant même de savoir lire et écrire. Cela force à se focaliser sur la prononciation. La façon conventionnelle d’apprendre une seconde langue est de se baser sur la lecture. Mais si la langue utilise le même alphabet que notre langue maternelle, alors on aura le réflexe de prononcer les mots en les lisant comme on le ferait pour celle-ci. Par exemple, le mot « aber » en allemand prononcé par un français donne « abeurre », alors que la prononciation correcte est plus proche de « aba ». Les mêmes groupes de lettres ne se prononcent pas de la même façon dans chaque langue.

Une ouïe universelle

Bien sûr, ça n’explique pas notre accent pour des langues qui ont un système d’écriture différent. Pour cela, un second problème entre en jeu. Un bébé naît avec une ouïe « universelle ». Il est capable de distinguer tous les sons que nous sommes capables de produire. Pendant sa première année, le cerveau va faire un travail statistique pour discriminer les sons, afin de distinguer plus facilement ceux de sa langue maternelle1.

Malheureusement, cela veut dire qu’il est très difficile de distinguer les sons d’une langue qui sont trop proches de notre langue. Par exemple, les japonais ont du mal à distinguer le « l » et le « r » en anglais. En effet, dans leur propre langue, ils ont un unique son qui se situe entre les deux. De plus, pour ces sons trop similaires, on va faire une approximation en les prononçant comme le son le plus proche que l’on maîtrise. Cela donne un accent typique. Par exemple, un français va prononcer en anglais « ship » (bâteau) comme « sheep » (mouton).

Apprendre une nouvelle langue à l’âge adulte

Les adultes sont doués pour se trouver des excuses pour laisser tomber ou même ne jamais commencer à apprendre une autre langue. Notre plus grand obstacle est avant tout le doute, car nous avons beaucoup d’avantages en tant qu’adulte.

Contrairement aux enfants, nous avons souvent un objectif précis pour apprendre une langue. Que ce soit pour découvrir une nouvelle culture, émigrer ou une opportunité professionnelle. En capitalisant sur ces objectifs, cela peut être un extraordinaire moteur pour notre motivation.

Le bagage linguistique d’un adulte

Nous avons également tout un bagage linguistique et culturelle, de part notre langue maternelle. C’est à la fois une aide précieuse et un frein pour la maîtrise d’une nouvelle langue.

En effet, c’est grâce à celui-ci que l’on peut apprendre une langue aussi vite, contrairement à un enfant qui a besoin d’une dizaine d’années. Nous sommes capables d’utiliser les structures grammaticales communes avec notre langue presque immédiatement. De plus, le vocabulaire est beaucoup plus simple à mémoriser puisque nous comprenons déjà le sens des concepts nommés.

Attention toutefois à l’écueil de se reposer trop sur ce bagage linguistique. On peut se servir de notre langue maternelle pour apprendre plus vite les notions d’une nouvelle langue, mais il ne faut pas s’en servir comme d’une béquille. Si l’on ne s’imprègne pas suffisamment de la langue, alors on passera notre temps à traduire les expressions de notre langue maternelle. Ce qui donne un phrasé d’étranger parfois incompréhensible pour les locuteurs natifs.

Avoir un bon accent à n’importe quel âge

En tant qu’adulte, parler avec un bon accent semble être impossible. Comme vu plus tôt, les adultes possèdent une ouïe qui ignore volontairement les subtilités des sons trop proches de notre langue. J’ai une bonne nouvelle toutefois. Il est possible pour un adulte de ré-entraîner son écoute pour distinguer les sons d’une nouvelle langue. Et ce, en utilisant la répétition espacée et les paires minimales pour se focaliser sur les différences. J’aurai l’occasion d’y revenir dans un autre article.

Un autre obstacle majeur que l’on rencontre lorsqu’on veut travailler son accent est cette désagréable impression de « jouer un rôle » ou de sonner bizarrement lorsqu’on imite les sons d’une nouvelle langue. Car notre langue maternelle et sa mélodie font partie intégrante de notre identité. Par conséquent, il faut du temps et de la pratique pour endosser le costume d’une nouvelle langue et s’y sentir à l’aise.

Y a-t-il un âge idéal pour apprendre une langue ?

Tout dépend de votre objectif… Si vous voulez devenir un natif d’une langue, alors il est probablement trop tard. D’après une étude conduite par le MIT, passé nos 10 ans, il est très difficile d’atteindre un niveau équivalent à un locuteur natif2.

Ce résultat ne doit pas vous décourager ! L’étude montre aussi qu’il est possible d’atteindre un excellent niveau en commençant bien plus tard. Et même si les enfants peuvent atteindre un niveau natif, les adultes sont plus rapides pour acquérir les bases d’un nouveau langage3. Il n’y a en fait pas d’âge maximum pour apprendre une langue. Et à condition de rester en bonne santé mentale – apprendre une nouvelle langue y contribue – nos capacités intellectuelles ne déclinent presque pas avec l’âge4.

En revanche, il existe des différences de performance entre les enfants et les adultes. Une étude menée sur l’effet de l’âge sur l’acquisition de la grammaire a mis en évidence qu’en vieillissant, nous avons plus de difficulté à maitriser de nouvelles structures grammaticales5. Mais les adultes sont avantagés pour acquérir du vocabulaire et savent utiliser un lexique plus varié.

Le temps joue toutefois contre nous. Atteindre un excellent niveau, proche d’un locuteur natif, demande de consacrer une énergie et un temps incroyable, la loi des rendements décroissants entrant en action. Alors qu’il faut peut-être consacrer 20% du temps total pour maîtriser 80% d’une langue, chaque avancée supplémentaire demandera un investissement exponentiellement plus long. Heureusement, maîtriser une langue à 100% ne sert la plupart du temps à rien. Il y a tant d’autres choses à faire, et de nouvelles langues à apprendre !

L’âge idéal, c’est maintenant

Vous pouvez passer toute votre vie à essayer de créer une machine à remonter le temps pour apprendre une langue comme un enfant. Ou alors, embrassez votre âge et rangez les excuses au placard. Le meilleur moment pour apprendre une langue, c’est maintenant.

Les enfants et les adultes n’apprennent pas une langue de la même façon. Les enfants apprennent lentement, de manière plus organique et naïve, mais atteignent un niveau de locuteur natif. Quant aux adultes, ils apprennent de manière systématique en utilisant leur intellect.

Les allemands avaient raison, le vocabulaire est un trésor à chérir
Les allemands avaient raison, le vocabulaire est un chatrésor à chérir

En apprenant le mot « Wortschatz » (vocabulaire) en allemand, j’ai tout de suite remarqué qu’il était composé de « Wort » (mot) et « Schatz » (trésor). Ce qui m’a permis de retenir ce mot plus facilement. Trouvant ça très poétique, j’en ai fait part à une amie allemande. Celle-ci n’avait jamais fait le rapprochement. C’est la différence entre un enfant qui apprend sa langue maternelle par exposition répétée, et un adulte qui utilise son intellect pour mémoriser la langue.

Quoi qu’il en soit, il est inutile de se focaliser sur notre âge comme excuse à la première difficulté rencontrée pendant notre apprentissage. Apprendre une langue est un travail de longue haleine et est difficile pour tout le monde. Célébrez plutôt votre capacité à approcher une langue avec un regard neuf d’adulte, puis partagez vos découvertes avec des locuteurs natifs qui seront toujours heureux de redécouvrir leur propre langue.