3 raisons de commencer par la prononciation

Par où commencer quand on apprend une langue par soi-même ? Il y a tellement à savoir, qu’on peut vite se retrouver tétanisé par les choix qui s’offrent à nous. À mon avis, commencer par la prononciation est la meilleure stratégie que vous puissiez adopter.

C’est le choix que j’ai fait lorsque j’ai démarré l’allemand, et j’en ai tiré que des bénéfices ! Surtout en comparaison avec l’anglais, dont j’ai appris la prononciation à postériori. Voici 3 raisons de démarrer par la prononciation.

Raison 1 : la prononciation est difficile à corriger

Les langues étrangères sont une discipline vraiment particulière. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’apprendre des mots ou des règles de grammaire par cœur, comme on le ferait avec des faits historiques. Non, les langues sont plus proches d’un sport ou d’un instrument de musique. Pour atteindre un bon niveau, il faut surtout intégrer des automatismes et réflexes. La langue doit faire partie de nous jusque dans nos fibres.

Dès lors, on comprend vite pourquoi la prononciation est si difficile à corriger, une fois de mauvaises habitudes prises. La prononciation incorrecte est gravée dans nos synapses, et on ne l’oublie jamais complètement. Elle ressort alors soudainement au détour d’une conversation, malgré tous nos efforts pour l’effacer.

Commencer dès le début avec une bonne base, c’est s’épargner un travail énorme de correction plus tard.

Raison 2 : faciliter votre apprentissage

Une bonne maîtrise de la prononciation, à part de pouvoir vous faire embaucher comme espion par le gouvernement, a des avantages très concrets dans votre apprentissage de la langue.

En effet, lorsqu’on connaît la façon dont peuvent s’écrire les différents sons de la langue, il y a une synergie entre l’orthographe et la prononciation qui facilite la mémorisation de nouveaux mots.

D’autre part, on peut également retrouver plus facilement un mot que l’on entend lorsqu’on n’a pas la transcription d’une conversation. Puisque l’on peut déduire les orthographes possibles de ce qu’on entend. Malheureusement, ça marche moins bien pour l’anglais, qui a une écriture particulièrement non-phonétique.

Bien entendu, être familier avec les sons de la langue aide aussi à la compréhension orale.

Raison 3 : faciliter les conversations avec les locuteurs natifs

Rien de plus frustrant que d’essayer de communiquer avec des natifs et de finir par utiliser une langue des signes improvisée, car ils ne comprennent rien à ce qu’on dit.

Malheureusement, tout le monde n’est pas habitué à l’accent français. Et si un léger accent peut être considéré comme charmant à l’étranger, on tombe vite dans l’ambiguïté quand notre prononciation change le sens des mots. C’est parfois très embarrassant, comme avec cette erreur courante pour un francophone : prononcer sheet (drap) comme shit (merde) en anglais. Ou pire, devoir répéter 10 fois le même mot sans succès, en voyant l’expression d’incompréhension de votre interlocuteur se métamorphoser en frustration.

Par ailleurs, si l’opinion des natifs sur les Français est souvent positive, on n’a pas toujours envie de trainer les stéréotypes franchouillards avec nous. Avoir un accent d’étranger certes, mais neutre, permet de démarrer une conversation sur des bases libres de toutes attentes et stéréotypes.

Et si j’ai déjà commencé à apprendre une langue ?

Rien n’est perdu ! Suivant les habitudes que vous avez prises, corriger votre prononciation sera plus ou moins long, mais c’est possible. Ce fut mon cas pour l’anglais. Malgré mon accent frenchie à couper à couteau, j’ai réussi à atteindre un niveau correct après quelques semaines de travail. Nous verrons comment faire dans un futur article.

Avez-vous besoin de l’alphabet phonétique international (API) ?

Vos oreilles vous mentent. Vous ne me croyez pas ? Alors écoutez cet enregistrement du mot « Natur » en allemand, puis notez ce que vous entendez.

Vous avez entendu « natoure » ou bien « natouwe » ? Bravo, vous êtes un francophone à priori normalement constitué ! Pourtant, Natur est prononcé « natouha », avec un petit « a » de ch’ti à la fin. Si si, réécoutez.

Un autre exemple rageant ? Écoutez la prononciation de love en anglais.

Comparez maintenant avec la prononciation de cove.

Non, pas besoin de signes néons pour communiquer ! On va plutôt améliorer votre accent.

Une seule lettre qui change, et pourtant la prononciation est totalement différente ! Mais alors, on ne peut se fier ni à nos oreilles, ni à l’écriture ? Faut pas s’étonner que notre accent frenchie soit si mauvais…

Heureusement, il existe un outil pour connaître la prononciation d’un mot, sans se fier uniquement à l’enregistrement ou à l’écriture : l’alphabet phonétique international (API). Cet alphabet est utilisé pour retranscrire les sons de la plupart des langues. Grâce à l’API, vous voyez le petit « a » à la fin de Natur : /naˈtuːɐ/. Vous pouvez aussi remarquer que le « o » de love /lʌv/ et cove /kv/ sont prononcés différemment.

Pourquoi l’API va améliorer votre prononciation ?

Vous ne pouvez pas faire confiance à vos oreilles

Comme nous l’avons vu avec Natur, on ne peut pas se fier uniquement à ce que l’on entend pour connaître la prononciation d’un mot. En effet, la perception de la parole n’est pas seulement auditive, mais multisensorielle.

Lorsque nous écoutons une conversation, une petite gymnastique cérébrale s’opère pour déterminer le sens de chaque mot. Notre cerveau pioche ainsi dans :

  • ce que l’on entend, sans déc’
  • ce que l’on voit, telles que les lèvres de l’interlocuteur,
  • notre mémoire des sons les plus probables dans la langue

C’est brillant ! Car ça nous permet de comprendre même si l’on a mal entendu, ou si l’on est dans un lieu bruyant.

L’effet McGurk est une autre manifestation étonnante du fonctionnement de notre cerveau. Suivant le mouvement des lèvres de notre interlocuteur, nous percevons des sons différents pour un même enregistrement. Vous pouvez en faire l’expérience dans cette vidéo (avec sous-titres en français).

L’écriture de la langue n’est pas phonétique

Comme si avoir un cerveau zélé ne suffisait pas, la plupart des langues ont une écriture non-phonétique. C’est-à-dire avec des lettres prononcées différemment suivant le mot dans lequel elles se trouvent. Cela implique que pour chaque mot vous devez mémoriser l’orthographe, mais aussi la prononciation.

L’anglais a une écriture particulièrement non-phonétique, c’est pourquoi avoir un bon accent est difficile. Par exemple, prenez ces trois mots : though, thought et tough. Ils sont très proches, et pourtant « ough » se prononce de trois façons différentes ! /oʊ/, /ɔ/ et /ʌf/. À l’inverse, certains mots ne se ressemblent pas du tout, mais ont une prononciation identique : ate / eight, flour / flower, hear / here

L’API n’est pas que pour les linguistes

L’API fut inventé en 1887 par une association de linguistes français et anglais. C’est un alphabet complexe, avec beaucoup de notions de phonétique. Heureusement, vous avez besoin d’en connaître qu’une infime couche pour en tirer un énorme avantage dans votre apprentissage.

Pour tout vous avouer, j’étais au début intimidé et plutôt découragé par l’API. L’alphabet m’avait l’air compliqué avec ses airs de langue extraterrestre remplie de symboles ésotériques. Mais si vous suivez ma méthode progressive, c’est en fait beaucoup plus simple que ça en a l’air.

L’API comporte 118 symboles, dont vous pouvez trouver la liste sur Wikipedia. C’est énorme ! Mais en pratique, vous aurez besoin d’apprendre qu’un petit nombre : ceux utilisés dans la langue que vous apprenez.

De plus, ayant été créé en France, l’API est basé sur un alphabet latin. Donc vous connaissez déjà beaucoup de lettres qui se prononcent comme en français (a, b, c, d, f, g, i…). Par conséquent, vous avez peu de nouveaux symboles à apprendre. Pour l’anglais, il y en a 12 : ʃ, ʒ, θ, ð, ŋ, æ, ə, ɪ, ɛ, ɔ, ʌ et ʊ.

Vous trouverez sur Wiktionary la liste des symboles utilisés dans certaines langues.

Comment utiliser l’API ?

Vous trouverez la transcription API d’un mot dans la plupart des dictionnaires en ligne. Généralement, elle se trouve proche du mot et est notée entre crochets ou barres obliques. La différence n’est pas importante pour un usage basique, mais les transcriptions entre crochets donnent plus de détails sur la prononciation de chaque son.

Attention pour l’anglais, il existe plusieurs dialectes différents avec une prononciation légèrement différente. Les dictionnaires peuvent afficher les transcriptions américaines (US / GA) et britanniques (UK / RP). Pour être cohérent, choisissez un dialecte de référence et n’apprenez que celui-ci. Personnellement, j’ai choisi l’Américain pour la quantité de films et séries produites aux États-Unis.

Les signes diacritiques en API

Une transcription contient parfois des signes diacritiques qui indiquent précisément comment chaque lettre est prononcée. Vous pouvez en général les ignorer et vous fier à l’enregistrement audio. Toutefois, certains sont utiles et apparaissent souvent :

  • « ˈ » marque l’emplacement de l’accent tonique, la syllabe que vous devez accentuer. Par exemple, pour le mot around /əˈɹaʊnd/, l’accent tonique se trouve sur « round ».
  • « ː » indique que la voyelle qui le précède est prononcée de manière « longue ». Par exemple, seat /siːt/.

Comment apprendre l’API ?

Quoi, vous avez déjà épinglé la liste des 118 lettres de l’API sur votre frigo ? Pas si vite ! Vous n’êtes pas obligé de les mémoriser toutes en même temps. Faites-le progressivement, au fur et à mesure que vous rencontrez chaque symbole.

À chaque fois que vous apprenez un nouveau mot, regardez sa transcription API et comparez-la avec un enregistrement audio, trouvé par exemple sur Forvo. Si vous ne reconnaissez pas certaines lettres, alors identifiez le son correspondant dans l’enregistrement.

Le son d’un symbole n’existe pas en français ? Alors c’est le moment de vous entraîner à le prononcer. Vous pouvez utiliser l’enregistrement audio comme guide, ou chercher un tutoriel sur YouTube s’il est trop difficile à prononcer. Tapez simplement le symbole API dans la recherche YouTube. Voici par exemple des explications sur une prononciation du « th » en anglais, dont la lettre API est ð.

Pour mémoriser encore plus vite l’alphabet, ajoutez la transcription API à vos mots dans votre logiciel de répétition espacée. Quèsaco ? Rendez-vous sur mon article pour savoir comment ne plus oublier votre vocabulaire.

Juste avec ces deux habitudes simples, vous allez mémoriser sans vous en rendre compte l’alphabet API de votre langue ! Il m’a fallu seulement deux semaines en suivant cette technique pour l’anglais.

Tous les enregistrements audio proviennent de Forvo sous licence CC BY-NC-SA 3.0.