Comment ne plus oublier son vocabulaire ?

C’est énervant, pas vrai ? Passer des heures à relire des listes de mots pour se rendre compte qu’ils nous filent entre les synapses. Si seulement il existait un moyen de ne plus oublier notre vocabulaire, sans relire les dizaines de listes de mots qui s’accumulent au fil des mois… C’est possible, grâce aux logiciels de répétition espacée !

Si vous utilisez encore des listes ou un carnet de vocabulaire, ne passez pas à côté de cet outil ultra efficace que je dévoile dans cet article.

Le vocabulaire doit être votre priorité numéro un

Si votre langue ressemble à ça, alors vous êtes dans une dimension parallèle.

Dans l’apprentissage d’une langue, le vocabulaire est le nerf de la guerre. En effet, il faut connaître près de 500 à 800 mots pour baragouiner, et plusieurs milliers pour parler couramment. Acquérir du vocabulaire de manière efficace est donc la tâche principale qui nous incombe, en tant qu’apprenant.

Une bonne maîtrise de la grammaire sans vocabulaire, c’est un peu comme un cône sans boule de glace. C’est insipide et ça ne sert à rien.

Le chemin chaotique d’un mot dans notre mémoire

Un mot transite par deux stades dans notre mémoire : passif, puis actif. Puis encore passif, puis on l’oublie, puis de nouveau actif. Quoi ? Vous pensiez que c’était aussi simple ? Oublier fait partie du jeu, il faut l’accepter pour ne pas se décourager. Apprendre une langue, c’est redécouvrir éternellement ces mêmes mots et expressions qui ne veulent pas rentrer. Mais à chaque rencontre, les contours de la langue se dessinent plus précisément.

Le vocabulaire passif est composé des mots que l’on comprend quand on les rencontre. Quant au vocabulaire actif, il s’agit des mots que l’on est capable d’utiliser spontanément en parlant ou à l’écrit. Bien sûr, il est beaucoup plus difficile de développer son vocabulaire actif. Cela demande beaucoup de pratique de l’expression écrite et orale.

 

La Marmite n’a rien de plus à offrir à ceux qui ont déjà goûté le bitume.

Lorsqu’on débute une langue, il est important d’acquérir rapidement un vocabulaire passif. En effet, c’est seulement après avoir atteint une masse critique de mots que l’on est capable de lire ou d’écouter de vraies ressources dans la langue cible. C’est la différence entre rester avec Brian dans la kitchen à manger des pancakes à la Marmite, et enfin pouvoir relire ce roman de vampires dont vous avez honte, que vous avez dévoré étant ado. Allez-y, on ne vous jugera pas. Surtout si la couverture est en russe.

 

Mais comment mémoriser tout ce vocabulaire ? Et surtout, ne pas l’oublier après quelques mois ? Dans cet article, nous allons voir une manière efficace de remplir notre vocabulaire passif.

L’échec des méthodes traditionnelles d’acquisition du vocabulaire

Les méthodes classiques sont terriblement inefficaces. Malheureusement, ce sont celles qu’on utilise souvent dans les cours de langue.

Liste de mots

Relire régulièrement des listes de mots est une perte de temps, car on revoit autant les mots faciles que les mots difficiles, puisque tout est sur la même liste. De plus, il faut une bonne organisation pour réviser les fiches qui s’accumulent. On finit en général par oublier nos vieilles fiches dans un tiroir, et les mots avec.

On trouve souvent sur les listes de vocabulaire des mots sans aucun contexte, avec juste une traduction littérale. C’est dommage, car le contexte permet de développer son intuition sur l’utilisation et le sens réel d’un mot, dont la traduction est toujours approximative. En effet, à part pour les noms d’objets physiques, deux mots dans deux langues différentes ont rarement une relation directe. Apprendre un mot et sa traduction comme un couple est le meilleur moyen d’avoir un phrasé étrange, composé d’expressions traduites littéralement à partir du français.

Lire beaucoup, sans effort de mémorisation

C’est la méthode avec laquelle j’ai atteint un excellent niveau en anglais. Mais cela m’a pris plus de dix ans !

Apprendre de nouveaux mots en lisant (beaucoup) est relativement efficace. Il suffit de consulter la définition des mots qui empêchent la compréhension, sans forcément faire d’effort pour les mémoriser. Cette approche holistique est intéressante, car elle permet de développer une réelle intuition sur l’usage des mots et leurs collocations – mots qui vont bien ensemble, p. ex. « argument bidon ». Elle offre aussi l’avantage de se familiariser avec la grammaire.

Il est plus facile de mémoriser naturellement les mots les plus importants en lisant, car leur fréquence d’apparition est plus élevée. Mais si un mot est rare, il est alors très difficile de le mémoriser. La lecture est dans tous les cas un outil indispensable pour améliorer la qualité de notre langue.

La solution scientifiquement prouvée

Heureusement, il existe un moyen beaucoup plus efficace de retenir son vocabulaire, tout en enlevant le fardeau d’organisation des révisions. Il s’agit des logiciels de répétition espacée – ou SRS pour Spaced Repetition Softwares.

Un peu d’histoire

Le principe de la répétition espacée n’est pas nouveau et est relativement simple. Il s’appuie sur les travaux en psychologie cognitive d’Hermann Ebbinghaus sur l’effet d’espacement sur la mémorisation.

En 1885, il mit en évidence que nous oublions continuellement ce que nous apprenons, en suivant une courbe prédictible. Là où cela devient intéressant, c’est qu’en révisant une information peu avant de l’oublier, nous consolidons celle-ci dans notre mémoire pour bien plus longtemps.

Courbe de l'oubli du vocabulaire

Un logiciel SRS s’appuie sur cette découverte pour déterminer quel est le moment optimal pour réviser, afin d’optimiser la rétention. Il permet également d’éviter de perdre du temps en révisant trop souvent les informations bien mémorisées.

Dans le cadre du vocabulaire, cela se présente sous la forme de cartes avec un recto « question » et un verso « réponse », sur lesquelles nous pouvons placer diverses informations à retenir. Par exemple, vous pouvez utiliser une carte pour mémoriser le sens, la prononciation ou encore l’orthographe d’un mot.

Utiliser un SRS offre donc un avantage considérable sur les listes de mots, puisqu’on n’oubliera plus de réviser les mots ajoutés il y a longtemps. Le logiciel déterminant seul quand réviser un mot, nous n’avons plus besoin de planifier nos révisions.

Quel logiciel de répétition espacée utiliser ?

Il existe de nombreux SRS gratuits, lequel choisir ? Selon moi, deux se détachent du lot et répondent à la plupart des besoins.

Anki, pour polyglotte aguerri

Le plus avancé est certainement Anki, car il permet de créer des cartes complètement configurables. Malheureusement, il est compliqué à utiliser. En particulier si vous n’êtes pas geek dans l’âme. De plus, il demande beaucoup de travail manuel pour entrer de nouveaux mots, si vous décidez de faire des fiches très complètes. Prenez garde si vous êtes perfectionniste, Anki ne va pas aider votre TOC. J’en ai fait les frais !

Anki est disponible gratuitement sur la plupart des systèmes d’exploitation, y compris sur tablettes. Petite particularité sur iOS : le logiciel est payant, et même assez cher.

Il est également possible de synchroniser ses cartes entre plusieurs appareils, en créant un compte gratuit sur AnkiWeb.

Memrise, pour démarrer en douceur

Memrise est convivial – si on aime le sucre – et bien plus facile à utiliser qu’Anki. Je le recommande donc pour débuter avec les logiciels de répétition espacée. L’application est disponible sur presque toutes les plateformes mobiles, ainsi qu’en version web.

Un catalogue de cartes pré-faites de qualité est disponible pour les débutants, mais vous pouvez aussi ajouter vos propres mots. Ce qui est rapidement indispensable.

Le point fort de Memrise à mon sens est qu’il est très facile d’ajouter des enregistrements audio à vos cartes. C’est un atout indispensable pour pratiquer la prononciation. De plus, Memrise offre un catalogue de prononciations pré-enregistrées par des natifs pour les mots les plus communs de certaines langues.

La répétition espacée, à la main

Que vous aimiez respirer l’odeur du papier à pleine narine, ou que vous portiez une combinaison en aluminium à cause des ondes WiFi qui vous provoquent de l’urticaire, j’ai une bonne nouvelle pour vous. Il est possible d’appliquer les principes de la répétition espacée à vos propres cartes mémoires faites-main.

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Je ne le conseille pas cependant ! Cela demande plus de préparation et de temps. En outre, à moins de dresser un perroquet pour reconnaître et prononcer le mot de chaque carte, vous ne pourrez pas pratiquer la prononciation.

Si toutefois l’idée vous enchante, et que votre bullet journal ne suffit plus à canaliser vos envies DIY, consultez mon tutorial pour fabriquer votre propre boîte de Leitner qui implémente un système de répétition espacée manuel.

N’oubliez plus votre vocabulaire

Pour mémoriser du vocabulaire sur le long terme, le moyen le plus efficace est d’utiliser un logiciel de répétition espacée (SRS). En planifiant automatiquement les révisions, il vous permet de vous focaliser sur l’acquisition de nouveaux mots. Et ce, tout en s’assurant que les anciens ne seront pas laissés-pour-compte.

Attention toutefois à éviter l’écueil classique qui est de consacrer tout votre temps d’apprentissage à réviser vos cartes mémoires. Un contact quotidien avec de vraies sources (livres, vidéos, etc.) est essentiel pour développer une intuition sur l’usage des mots. Mais avec une pratique équilibrée, votre SRS deviendra un de vos meilleurs alliés dans votre apprentissage.

Alors avant de retourner regarder des vidéos ASMR sur YouTube, faites un choix : Anki ou Memrise. Installez-le, puis ajoutez vos premiers mots.

Et pour aller plus loin, ne manquez pas mon article sur les 5 erreurs classiques à ne pas faire avec vos cartes de vocabulaire.

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