Pourquoi vous ne comprenez pas à l’oral ?

L’écoute est sans doute l’aptitude la plus importante à développer quand vous apprenez une langue étrangère. C’est simple, si vous ne comprenez pas votre interlocuteur, aucune conversation n’est possible.

Ironiquement, on se focalise souvent sur la capacité à parler, graal ultime des langues étrangères. Ainsi, en cours de langues, on nous demande très tôt de produire des phrases, avant même de pouvoir comprendre un dialogue.

Pourtant, avoir une bonne compréhension orale est un excellent levier pour développer sa parole. En effet, après avoir passé des centaines d’heures à pratiquer l’écoute de contenu natif, les expressions et phrases correctes nous viennent plus instinctivement. C’est pourquoi il est important de travailler son écoute.

Voyons ensemble quatre raisons principales qui expliquent pourquoi vous ne comprenez pas à l’oral.

Vous manquez de vocabulaire

C’est évident, mais on ne peut pas comprendre ce qu’on ne connaît pas. Avant d’espérer pouvoir comprendre une phrase à l’oral, visez au moins 80 % de mots connus.

C'est pas pour chercher midi à quatorze heures, mais il y a de quoi s'arracher les cheveux avec toutes ces expressions.
C’est pas pour chercher midi à quatorze heures, mais il y a de quoi s’arracher les cheveux avec toutes ces expressions.

Mais le vocabulaire, ce n’est pas seulement des mots. Si vous connaissez tous les mots d’une phrase, mais que vous ne comprenez toujours pas le sens, une expression s’y cache sans doute. Utilisez votre logiciel de répétition espacée pour mémoriser aussi bien des mots que des expressions.

 

Enfin, si pour construire votre vocabulaire vous n’avez utilisé que des méthodes de langues et manuels scolaires, c’est probable que vous ne compreniez presque rien à une phrase tirée d’une vraie conversation. Souvent, les manuels contiennent du vocabulaire daté ou inutile dans la vie courante. Par exemple, avez-vous vraiment besoin de savoir comment dire « lion » ou « zèbre » ? Même les fruits et légumes ont peu d’intérêt dans une vraie conversation.

Le meilleur moyen d’acquérir du vocabulaire utile est simplement de le cueillir au contact de vrai contenu qui vous intéresse, que vous pourrez ensuite utiliser dans une conversation.

Vous ne reconnaissez pas les mots

Rien de plus frustrant que de connaître tous les mots d’une phrase, mais de ne pas les avoir reconnu !

Le problème est que les mots dans une vraie conversation sont rarement prononcés de la façon parfaite, sortie du dictionnaire. En effet, à l’oral, on n’articule pas et les mots subissent des transformations, telles que :

  • des réductions, lorsqu’ils sont prononcés plus rapidement et simplement – p. ex. « pourquoi » prononcé « p’quoi »
  • des assimilations, lorsque plusieurs mots voisins fusionnent jusqu’à être méconnaissables – p. ex. « je ne sais pas » prononcé « ch’ai pas » ou en anglais « I want to » en « I wanna »

Pour pouvoir reconnaître ces mots, vous devez donc étudier la prononciation naturelle de la langue. YouTube regorge de vidéos explicatives gratuites sur la prononciation de diverses langues. Pour l’anglais, cherchez les termes « connected speech » et « reductions ».

Mais le meilleur moyen d’étudier la prononciation est d’analyser les passages que vous n’avez pas compris. Si possible, ralentissez la vitesse de lecture et écoutez attentivement la manière dont les groupes de mots sont prononcés. Relevez notamment :

  • la prononciation d’un mot, subit-il une réduction ou une assimilation ?
  • l’intonation de la phrase
  • la position du stress

N’hésitez pas à vous créer un petit carnet où vous noterez vos observations sur la prononciation.

Les natifs parlent trop vite

Crevons l’abcès : les natifs ne parlent jamais trop vite, c’est vous qui êtes trop lents.

Les natifs ne vous attendrons pas, alors musclez votre jeu !
Les natifs ne vous attendront pas, alors musclez votre jeu !

En effet, en tant que débutant, on fait un effort conscient pour reconnaître les mots et le sens de chaque phrase. Mais notre pensée consciente est beaucoup trop lente pour un débit de paroles normal. L’objectif est donc d’être capable de comprendre inconsciemment ce qu’on entend. C’est ce qu’on fait avec notre langue maternelle, où l’on « saisi » le sens sans réfléchir.

Pour reprendre les termes du livre « Thinking, Fast and Slow » de Daniel Kahneman, le but est de faire passer la compréhension orale du Système 2 (analytique) au Système 1 (automatique).

La solution est simple, mais demande de la rigueur : il faut écouter des centaines de fois un mot ou une structure de phrase en contexte pour les comprendre automatiquement. Alors ne jetez plus le matériel que vous n’avez écouté qu’une ou deux fois, répétez-les jusqu’à ce qu’ils vous sortent par les oreilles. Écouter une seule fois est une perte de temps.

Vous essayez de tout comprendre

Avec notre casquette d’étudiant, on cherche à comprendre chaque mot d’un dialogue. Mais cette attitude est contre-productive. En effet, même dans notre propre langue, on n’entend pas tous les mots. Notre cerveau complète automatiquement les trous pour donner du sens à une phrase. C’est d’ailleurs pourquoi il est difficile de retranscrire une conversation fidèlement après une seule écoute.

Pour lutter contre ça, détendez-vous. Laissez-vous le temps de comprendre, en ne vous arrêtant pas sur le premier mot que vous ne comprenez pas. Le contexte vous aidera certainement à déduire le sens de la phrase. Vous vous surprendrez alors peut-être à comprendre beaucoup plus que vous ne le pensiez.

Ne perdez pas de vue que l’objectif n’est pas de comprendre chaque mot, mais le message véhiculé par une phrase.

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